Un temps pour rêver

Avec la nouvelle année vient la liste de résolutions : faire du sport, inviter les amis et la famille, courir les festivals, les restaurants branchés et partager ces moments sur les réseaux sociaux. Dans toutes les sphères de notre vie, l’action prend l’avant-scène au détriment du calme et le métier d’écrivain n’y échappe pas. Nous devons écrire plus, plus vite, stimuler notre créativité, nous lancer des défis. En soi, ces exercices sont bienfaiteurs, c’est l’augmentation du rythme et de la performance qui suscite ma curiosité. Pourquoi ?

Les auteurs de l’essai Comment tout peut s’effondrer1 insèrent cette course dans un contexte global. Notre monde accélère à une vitesse sans précédent. De 2 milliards en 1930, la population représente aujourd’hui 7,7 milliards d’habitants. Au cours du siècle dernier, nous avons consommé 10 fois plus d’énergie, extrait 27 fois plus de minéraux industriels et 34 fois plus de matériaux de construction.

L’accélération sociale, quant à elle, revêt trois différents visages.

  1. L’accélération technique rétrécit l’espace en augmentant la vitesse des déplacements et des communications.
  2. L’accélération du changement social rétrécit le présent avec les conjoints, les voisins, les emplois, les collègues et les modes qui se succèdent rapidement.
  3. L’accélération du rythme de vie répond à l’accélération technique et sociale. Nous voulons suivre la vague à tout prix, cocher avec efficacité les éléments d’une liste qui s’allonge sans fin. À cela s’ajoute la peur de perdre du temps, de rater un évènement, une publication. « “Le ‘manque de temps’ aigu est devenu un état permanent des sociétés modernes.” Résultat ? Fuite de bonheur, burnout et dépressions en masse. Et comble du progrès, cette accélération sociale que nous fabriquons/subissons sans relâche n’a même plus l’ambition d’améliorer notre niveau de vie, elle sert juste à maintenir le statuquo. »1

Entre deux textos, avons-nous oublié que chaque action appelle une pause ? À la manière du corps qui consolide les apprentissages pendant le sommeil, regarder les arbres se balancer en imaginant notre personnage traverser différentes embuches ouvre les perspectives, ajoute une touche d’originalité et de profondeur à notre histoire.

À vouloir suivre la course en écrivant sans « perdre de temps », nous nous éloignons peut-être de l’essence du roman : le rêve éveillé.

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  1. SERVIGNE, Pablo. STEVENS, Raphaël. Comment tout peut s’effondrer : petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes. Paris, Éditions du Seuil, 2015, page 27.

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