Le secret des K-dramas

Depuis 2016, j’ai visionné plus de quatre-vingt-dix K-dramas (drames coréens) en me questionnant sans relâche : « Pourquoi j’aime ça ? » Comment les scénaristes sud-coréens parviennent-ils à me faire ignorer des éléments comme l’infantilisation de la femme ou les placements de produits qui d’ordinaire m’irriteraient au plus haut point ?

Tout d’abord, j’ai présumé que l’attrait d’une nouvelle culture, le rythme palpitant et les revirements inattendus avivaient mon intérêt, mais c’est dans le livre Faire d’un bon scénario un scénario formidable1 que j’ai trouvé la réponse manquante. Les auteurs sud-coréens exploitent avec brio les besoins humains définis par Abraham Maslow.

Par exemple, Kim Shin2, le personnage principal de Goblin : The Lonely and Great God (tourné en partie dans la ville de Québec), est privé de tous ses besoins essentiels dans les dix-neuf premières minutes.

1. Survivre
Kim Shin affronte une armée redoutable sur un champ de bataille.

2. Sécurité
Lorsqu’il rentre chez lui, le roi lui refuse l’accès au palais, à la sécurité de son foyer.

3. Amour
À son arrivée devant l’enceinte du palais, les archers assassinent ses compagnons d’armes. Quand le roi lui permet enfin d’entrer sans son armure, les gardes tuent l’amoureuse de Kim Shin et plusieurs membres de sa famille.

4. Estime et amour-propre
Si l’admiration des villageois satisfait son besoin de reconnaissance, le roi, lui, l’accueille comme un criminel.

5. Savoir et comprendre
L’intrigue politique nourrit le désir de comprendre du spectateur ; un conseiller chuchote à l’oreille du roi que Kim Shin, vénéré tel un dieu par la populace, menace son autorité.

6. Esthétique
L’esthétique renvoie au besoin de se lier avec quelque chose qui nous dépasse ; une expérience spirituelle d’ordre religieux ou non. À la dix-neuvième minute, Kim Shin expire son dernier souffle, convaincu que les dieux l’ont abandonné.

7. Réalisation de soi
S’exprimer en harmonie avec ses talents et sa personnalité est le dernier enjeu. Dans Goblin, l’aisance de Kim Shin sur le champ de bataille révèle qu’il se réalise dans son rôle de défenseur de la nation. Confiant, il peut vaincre n’importe qui… sauf le roi dont il ne soupçonne pas la jalousie. Devant son échec, Kim Shin choisit la mort.

Le succès des séries sud-coréennes en Orient et sa récente percée en Occident démontrent que peu importe la culture et la langue, le cœur humain est universel.

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1. SEGER, Linda. Faire d’un bon scénario un scénario formidable. Paris, Éditions Dixit, 2015, 232 p. (Intéresser grâce aux enjeux, p. 123-127.)

2. En Corée, le nom de famille précède le prénom, ainsi Shin est le prénom du héros.

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